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Articles

Affichage des articles du juillet, 2013

De la liberté politique

Par Liberté, nous entendons la situation d’un homme qui peut agir sans être soumis à la volonté arbitraire d’un autre. Cette définition appelle plusieurs remarques importantes. Primo, il n’est pas ici question d’un état de fait théorique qui permettrait à un homme de faire tout ce qu’il veut ; nous restons contraint par la réalité qui, par exemple, interdit à nos semblables de voler par leurs propres moyens. Ce que nous appelons Liberté, c’est l’absence de coercition exercée par un autre homme ou un groupe d’hommes. Deuxio, il va de soi que cette définition présuppose d’existence d’un libre-arbitre : sans volonté comme moteur de l’action, la Liberté n’a aucun sens. Enfin, et c’est sur ce point que je souhaite insister, la Liberté est – par définition – individuelle.La Société libre est une société dans laquelle les hommes sont libres individuellement. Il s’agit, bien sûr, d’un idéal vers lequel nous souhaitons tendre tout en sachant qu’il ne peut être atteint puisque que, comme le rap…

Réponse à une cigale

Très chère Eugénie, Vous citâtes, dans l’une de vos brèves (« Travailler plus pour vivre plus », Causeur.fr, le 29 juillet 2013), un extrait de la deuxième épître aux Thessaloniciens dans lequel Paul de Tarse, son auteur présumé, exhorte son auditoire en ces termes : « si quelqu’un ne veut pas travailler, qu’il ne mange pas non plus. »Sans épiloguer sur l’étude de l’Inserm qui motive votre intervention, je voudrais ici revenir sur votre interprétation de ladite citation – ou, du moins, de l’usage que l’on en fait couramment selon vous. Ainsi, nous dites-vous, cet avertissement paulinien aurait – je vous cite – « toujours servi de chantage à la société bourgeoise pour plier le prolo aux lois du tripalium » et vous y opposez Le Droit à la paresse de Paul Lafargue qui encourage le bon peuple à « ne travailler que trois heures par jour » et « à fainéanter et bombancer le reste de la journée et de la nuit. »Nul ne songe, chère Eugénie, à remettre en cause ce droit que vous avez d’occuper v…

Prélèvements et contreparties

Il est bien entendu que l’Impôt sur le Revenu des Personnes Physiques (IRPP) est un impôt, que la Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA) est une taxe et que les cotisations d’assurance maladie sont des cotisations. Là-dessus, point de débat : ces différents prélèvements obligatoires revêtent des formes différentes – l’assiette, le taux et le mode de calcul. En revanche, ils ont ceci en commun d’être obligatoires et de donner lieu – au moins en théorie – à une contrepartie, des services que l’État est supposé nous rendre.Or, une des critiques adressées par MM. Laurent et Parienté au jour de libération fiscale, c’est qu’il amalgame les prélèvements destinés à « financer l’État au sens propre » et ceux qui sont redistribués aux contribuables sous forme de prestations sociales ou de subventions. Les auteurs établissent donc une distinction entre les prélèvements qui donnent droit à des services (assurance santé, retraite…) et un autre type de prélèvements qui – manifestement – ne donneraient li…

L’impôt tue la croissance

L’économie n’est pas une branche de la morale ou de la politique : c’est une branche de la philosophie ; de la philosophie au sens originel du terme c’est-à-dire une discipline de l’esprit qui ne cherche pas à définir ce qui devrait être ou ce que nous souhaiterions qu’il soit mais à décrire ce qui est. Ce que l’économiste étudie et cherche à anticiper, c’est l’enchaînement des causes et des conséquences ; c’est, en un mot, la réalité.Une de ces descriptions du réel défendues depuis longtemps par les économistes, c’est l’intuition populaire qui veut que « trop d’impôt tue l’impôt » ou, pour reprendre la formulation plus précise de Jean-Baptiste Say, l’idée selon laquelle « un impôt exagéré détruit la base sur laquelle il porte [1]. » En substance, au-delà d’un certain point, toute augmentation du taux de l’impôt réduit l’assiette sur laquelle il est assis. C’est le principe de la courbe de Laffer, du nom de l’économiste américain qui l’a formalisée ; c’est l’effet sur lequel la puissa…

Shadockeconomics

Pour venir à bout de la crise, déclara le Grand Prêtre, il faut élever un veau d’or au sommet de la butte Montmartre et inciter tous les français à en faire trois fois le tour.De là, deux possibilités :Si la croissance revient, on en conclura que la méthode fonctionne.Si la croissance ne revient pas, on affirmera que c’eût été bien pire si nous n’avions rien fait [1] et on en conclura qu’il aurait fallu faire huit tours plutôt que quatre.Une chose que nous ne ferons pas, en revanche, c’est remettre en cause l’efficacité de la méthode. Elle est bonne et ce point ne souffre pas de contradiction. On peut ergoter sur la taille du veau d’or, sur le nombre de tours à faire et même sur l’emplacement de l’idole mais remettre en cause la méthode elle-même n’est pas envisageable. On en a excommunié pour moins que ça.Comme vous le savez certainement, pour relancer la demande et donc la croissance, il faut que l’État dépense plus qu’il ne perçoit – c’est-à-dire qu’il doit exécuter quelques budget…

Les lois de probabilité et le futur

Philippe Silberzahn suit Franck Knight et distingue, d’un point de vue théorique, trois types d’environnement : (i) l’environnement prédictible – celui dont nous connaissons la loi de probabilité ex-ante ; (ii) l’environnement du risque – c’est l’expérience qui nous permet de connaitre la loi de probabilité ex-post et (iii) l’environnement de l’incertitude – lorsque nous sommes face à un phénomène nouveau dont la loi de probabilité nous est totalement inconnue.Comme je l’avais écrit dans mon papier initial, je suis de ceux qui pensent que le risque et l’incertitude ne sont qu’une seule et même notion ou, du moins, que le premier découle de la seconde. Pour reprendre les termes proposés par Philippe, mon argument peut se résumer en deux points : primo, le fait que nous connaissions la loi de probabilité ex-ante ne signifie pas que nous vivions dans un environnement certain. Deuxio, dans la plupart des situations réelles, nous ne connaissons qu’une distribution ex-post et rien ne nous p…

Le serpent qui mord sa queue

Le rôle de préteur en dernier ressort de nos banques centrales modernes est consubstantiel au monopole monétaire. C’est sans doute à Henry Thornton [1], dès 1802, que revient le mérite d’avoir compris ce principe. En substance : puisque la banque centrale – par définition – détient le monopole d’émission des billets de banques, c’est à elle qu’incombe le devoir de prévenir les paniques bancaires en prêtant des liquidités aux banques commerciales. Sept décennies plus tard, alors que la Bank of England s’est vue attribuer ce monopole [2], c’est Walter Bagehot [3] qui va identifier le talon d’Achille du système : cette garantie apportée aux banques impécunieuses créé un aléa moral en les encourageant à prendre des risques inconsidérés.La solution préconisée par Bagehot consiste à ce que la banque centrale ne prête aux banques en difficulté qu’à des taux volontairement prohibitifs ; ainsi, espère-t-il, une banque commerciale qui ne parvient pas à se refinancer sur le marché pourra toujour…